chronique d’été – je suis poursuivie par Natalia Ginzburg.

Chronique d’été : je suis poursuivie par Natalia Ginzburg.

Cet été, on se retrouve autour de textes classiques et contemporains pour laisser hors de vue la rentrée littéraire qui fait des grands coucous sur la berge. 
 
Aujourd’hui, place à Tous nos hiers de Natalia Ginzburg, reparu l’année dernière aux éditions Liana Levi (traduction de Nathalie Bauer).
 
Si vous ne connaissez pas Natalia Ginzburg, je vous conseille vivement d’aller découvrir sa vie digne d’un roman – elle en a d’ailleurs fait un roman, Les Mots de la tribu, paru en 1963 et qui aura le Prix Strega, équivalent du Goncourt.
 
J’ai d’abord plongé dans ses écrits parce qu’elle me poursuivait. Podcasts, articles, rééditions, son nom m’apparaissait partout. Son ombre d’écrivaine, d’éditrice, de militante antifasciste m’a suivi des mois avant que je me décide à aller voir.
 
Et donc, j’ai ouvert Tous nos hiers, que l’auteure publie en 1952, marquée par la guerre et l’assassinat de son mari éditeur par la Gestapo en 1944. Et en fait : c’est un peu la suite temporelle du Guépard de Lampedusa. Même poussière, même soleil, même tourmente politique, même tourbillon de la vie (et un chien).
 
Si Le Guépard termine sa chronologie en 1914, le roman de Natalia Ginzburg s’ouvre dans les années 30. Deux maisons cossues, deux familles voisines. Les parents sont morts ou démissionnaires mais les enfants sont bien là, déjà grands, plein de principes et de projets. Les deux familles se fréquentent et s’épient sans que les jeux d’enfants ne fassent oublier la dictature en place de Mussolini. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate et que l’enfance laisse place à la vie d’adulte, il faudra alors sortir de la maison bourgeoise, faire éclater la bulle, faire des choix : l’engagement, la collaboration, la fuite, le silence..
 
Cette longue décennie à suivre Concettina, Giuma, Emanuele et les autres, c’est la grande Histoire par la petite porte grâce à la plume dépouillée et brillante de cette grande romancière du matrimoine littéraire qu’est Natalia Ginzburg.
 
Dans cette période où le fascisme décomplexée donne des sueurs froides, ce roman jamais manichéen aux personnages inoubliables est sûrement la lecture de votre été !
 

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