chronique d’été – Y a des trucs qui tournent pas rond.

Chronique d’été – Y a des trucs qui tournent pas rond.

Shirley Jackson est de celle dont l’écriture a été un échappatoire à une vie de femme au foyer qui la rendait malheureuse. Un mari volage & mesquin, quatre enfants, une santé fragile, une maison comme un fardeau. Peut-être cette sensation de vertige & d’enfermement lui a inspiré le plus célèbre texte de sa carrière.

 

Auteure prolixe, notamment de nouvelles, elle est l’auteure d’un texte qui marquera un tournant dans l’histoire de la littérature fantastique : La Maison hantée (éditions Rivages – traduction de Dominique Mols & Fabienne Duvigneau). Paru en 1959 aux États-Unis, c’est un tour de force qui lui vaudra la reconnaissance des auteur-es de son temps mais aussi l’admiration de beaucoup d’auteur-es contemporain-es se revendiquant de son héritage. Aujourd’hui, le texte est un des romans fondateurs de l’horreur autant que du matrimoine littéraire étatsunien.

La maison, c’est Hill House. Labyrinthique, surdécorée, elle ne se laisse pas conter et tourmente les âmes. Son évocation est taboue, personne n’y met les pieds plus de quelques heures & gare à la nuit qui tombe. Lorsqu’un professeur versant dans le paranormal décide de recruter trois inconnu-es pour y séjourner avec lui dans le cadre d’une expérience, le roman psychologique commence.

« Aucun œil humain n’est capable d’isoler l’élément précis, qui, dans la composition malheureuse des lignes et des espaces, donne une allure diabolique à une maison. Il y avait cependant un je-ne-sais-quoi – une juxtaposition insensée, un angle mal conçu, une rencontre hasardeuse entre ciel et toiture -, par lequel Hill House respirait le désespoir. »

Dès les premières pages, c’est un roman d’ambiance. Décors, bruits, jeu d’ombres et de lumières, personnages fantasques, dialogues intérieurs, on se prend au jeu d’une horreur insidieuse, subtile. La maison est un terrain de jeu parfait pour l’esprit de celle ou celui qui le lit : on ne sait pas s’il faut partir ou rester.

Shirley Jackson aurait aimé pouvoir divorcer en 1958. Elle a construit The Hauting of Hill House, bien plus qu’une maison hantée, un roman époustouflant de style, viscéral, pictural comme un lieu à elle.

 

Publications similaires